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Fatema Mernissi






Mouhcine Ayouche

Fenêtre sur lumière

Un artiste a peint une fenêtre. J'ai découverte au printemps 2003 à Zagora que je visitais pour la première fois de ma vie - à cause de la 7ième Caravane Civique.

(Extrait d'un article publié par l'edition l'Halqua)

Work by Bannour

Entre une exposition de photographies prises par des enfants et la visite d'un site de gravures rupestres, je découvre la fenêtre. En fait je ne la découvre pas, je regarde à travers. Dès mon arrivée à l'atelier du peintre la toile m'attire vers elle me laissant aveugle et sourd à tout ce qui m'entoure. Pourtant que de belles choses sorties de l'imagination, fertile et créative et du travail acharné d'un artiste du crû : Mohamed Bannour. Il était là avec sa grande taille, son teint foncé et sa gandoura accueillant ses visiteurs avec la modestie et l'humilité des âmes sensibles. Emerveillé et effarouché que son œuvre suscite tant d'enchantement parmi les présents, c'est à peine s'il ne s'excusait pas d'avoir créé du beau.

La fenêtre était là, centrale qui réaménageait l'ensemble de l'espace et redéfinissait l'architecture initiale de la pièce lui imprimant son propre cachet. Elle s'offrait, accessible à tous, à portée de matin et L'on savait d'amblée qu'elle est faite pour être ouverte à satiété au gré de la fantaisie des gens. Entrebâillée, entrouverte, mi-close, grande-ouverte … elle ne vous prive de rien et surtout pas de liberté. Elle ne vous emprisonne pas. Elle vous invite à la sortie, au voyage vers l'extérieur, vers le monde.

La fenêtre de Bannour m'avait entraîné vers elle. Je regardais à travers et contemplais l'oasis parsemée de constructions ocres et de palmiers aux cîmes vertes sur laquelle elle donnait, baignant dans une lumière matinale où se disputent clarté et limpidité. Cette lumière vous rend la sérénité à laquelle aspire toute âme. Elle vous transperce de bonheur et vous fait communier avec la nature.

Je me rendis compte que je me trouvais en même temps au milieu de cette oasis et dans la chambre à la fenêtre. Mieux : je me voyais déambulant parmi les palmiers alors que j'étais à ma place accoudé à la fenêtre et penché vers le dehors. Don d'ubiquité, de dédoublement offert par la magie/sorcellerie du pinceau / baguette de l'artiste ? Distanciation de l'être par rapport à soi même dans un détachement à la fois lucide et irréel auquel atteignent les grands acteurs qui tout en campant des personnages sur scène restent eux-mêmes et cassent les lois de l'identification ? Je ne sais pas. Mais j'étais à cet instant moi-même et quelqu'un d'autre. A la fois dans et hors la chambre à la fenêtre. Tapi à l'ombre de cette pièce en terre battue et éclairé par l'artiste, j'errais entre les maisons, les arbres et les gens à la découverte des lieux, je sentais quasi physiquement les odeurs et les senteurs des alentours et entendais les bruissements de la nature et les voix des gens autour de moi.

Je me retrouvais dans cette ville de Zagora que je ne connaissais pas et qui évoquait pour moi quelque chose de lointain, d'irréel. Un espace tournant le dos au béton avançant sur lui en de larges coulées de lave grises et malodorantes s'incrustant avec ténacité dans l'infini fait des sable blonde et mobile.

(…)

Sorti de l'enchantement de la fenêtre à laquelle je m'étais accoudé et entouré de louhas/toiles, je me suis vu au m'sid dans lequel j'ai fait quelques passages pendant mes vacances scolaires. Le fquih nous répétait sans cesse : " Al Ilmou Nour " (La science est lumière). Bannour a mis de la lumière sur un support de la science. En fait lui-même Bannour (Ibnou Nour) ne porte-t-il pas le nom de fils de la lumière ?

Pour ma part, la rencontre avec son art m'aura appris à ne plus me contenter de regarder les fenêtres mais à essayer de voir à travers elles en prenant le temps de m'y accouder.

Belle expérience dont je suis redevable à la Caravane civique. Une démarche associative par laquelle des gens de nationalités, de parcours et d'horizons différents vont à la rencontre les uns des autres, se découvrent, se parlent et s'enrichissent mutuellement. La caravane avait fait escale cette année à Zagora. Je l'avais rejoint sur invitation de Fatema Mernissi à laquelle on ne peut rien refuser quitte à abandonner son bureau et son travail pour se rendre à une rencontre dont on ne sait rien sauf qu'elle est initiée par elle ou qu'elle y prend part. La récompense c'est que l'on est sûr de pénétrer, pour un laps de temps tout aussi éphémère qu'éternel dans son monde féerique, son harem à elle, celui qui " … évoque avant tout la famille " (Mernissi : Le Harem européen. Edition Le Fennec, 2003). Une famille cosmique où tout es créativité, échange, apprentissage, ouverture sur l'autre et sur le monde.

Mouhcine Ayouche


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