Mernissi Homepage
Fatema Mernissi






Mouhcine Ayouche

Extrait du livre de Fatema Mernissi: "Les Sindbads marocains. Voyage dans le Maroc civique", Editions Marsam, Rabat 2004)

(...) C'est la détermination de Pénélope à continuer de tisser qui a insufflé le courage à Ulysse de résister au charme d'une sirène qui était tombée amoureuse de lui : "He was a virtuel prisoner", pour reprendre l'expression qu'Edite Hamilton, l'experte américaine du mythe, avait utilisée en 1940, bien avant que les nouvelles technologies ne rendent cet adjectif à la mode. Et Pénélope symbolise l'obstination de la femme à rester souveraine et à ne jamais perdre pied lorsqu'elle est assaillie par les désastres, elle est "la personnification de la déesse mère d'Ithaque, déesse mère en même temps que détentrice de la souveraineté absolue : l'obstination des prétendants le prouve sans qu'il soit besoin d'une analyse plus poussée". Obstination des femmes à protéger leurs hommes, voilà la clef de ce mythe. Et c'est ce spectacle de la féminité, déterminée à contrôler les forces adverses au lieu de se laisser dominer par elles, qui ressort avec force dans les récits de Noureddine Saoudi et de Mouhcine Ayouche, ex-prisonniers politiques, dont les mères tissaient et faisaient de la couture.

Mouhcine Ayouche fut enlevé à Casablanca devant sa soeur Bahia dans le quartier l'Oasis à 4h de l'après-midi. C'était le 5 septembre 1975. Il avait 20 ans. C'était durant la célèbre grève des lycéens, l'une des premières manifestations des jeunes contre la tyrannie des "vieux" au Maroc. Un événement qui confirma Mouhcine Ayouche dans sa décision à se rebeller est que sa mère, Fatema Kabbaj, qui n'avait jamais appris l'alphabet mais qui possédait une culture orale colossale, avait pris son parti contre l'administration de l'établissement scolaire.

Lorsque le responsable du lycée la convoqua, elle refusa de signer les papiers où on demandait aux parents de s'engager "à ce que leurs rejetons ne fassent plus jamais grève de leur vie". Mouhcine fut enlevé et emprisonné trois fois entre 1975 et 1986, et il passera cinq ans derrière les barreaux pour ses idées politiques.

(...)


Back to
Portraits Overview

Mouhcine Ayouche



Related Links:

Les Sindbads marocains

Fenetre sur lumiere
Article: Fenêtre sur lumière


| HOME | BOOKS | ARTICLES | CIVIL SOCIETY | GALLERY | EVENTS | CONTACTS |